Il existe des moments dans une vie qui secoue.
Des expériences si profondes qu’elles bouleversent la perception du corps, du monde, de la réalité et même de soi-même. Des passages qui ne se comprennent pas immédiatement avec le mental, parce qu’ils traversent des endroits beaucoup plus anciens, beaucoup plus enfouis, beaucoup plus vivants.
L’année 2024 a été cela pour moi.
Avec le recul, je comprends aujourd’hui que rien n’est arrivé brutalement. D’ailleurs, c’est pour cela que la transmission par écrit pris un certain temps.
Tout semblait déjà en mouvement depuis longtemps, comme si la vie préparait silencieusement un passage intérieur bien avant que je puisse en prendre conscience.
En juin 2024, je prends seule le départ du chemin de Compostelle depuis la cathédrale du Puy-en-Velay.
Seule.
Avec mon sac à dos.
Ma toile de tente.
Et cette envie profonde de marcher sans réellement savoir ce que je venais chercher.
À ce moment-là, je ne parle pas de spiritualité, encore moins d’éveil énergétique. Je ne connais qu’une infinité de cette vastitude, de tout cela. Je ressens seulement un besoin immense de partir. Comme si quelque chose à l’intérieur étouffait dans les rythmes habituels de la vie.
Le chemin commence.
Les premiers jours, le corps résiste encore au dépouillement. Puis peu à peu, marcher devient autre chose qu’un simple déplacement. Le mental ralentit. Les pensées changent. Les préoccupations habituelles perdent de leur importance.
Quand on porte sa vie sur son dos, que l’on dort dehors, que l’on avance chaque jour avec l’essentiel uniquement, quelque chose tombe.
Les apparences.
Les habitudes.
Les injonctions.
Les rôles.
Les attentes auxquelles on s’adapte depuis parfois des années sans même s’en rendre compte.
Le chemin dépouille.
Il met à nu.
Et plus les kilomètres défilent, plus il devient difficile de se mentir à soi-même.
Le corps devient alors central.
Il transpire.
Il fatigue.
Il souffre parfois.
Mais il devient aussi incroyablement vivant. Les prises de consciences défilent telle une bobine de cinéma. Présent. Sensible.
Comme si chaque pas rapprochait un peu plus d’une vérité intérieure oubliée depuis longtemps.
Je sentais profondément que ce voyage représentait bien plus qu’une randonnée. C’était un pas-sage symbolique. Le deuil progressif de l’adaptation permanente aux attentes des autres. De la sur-adaptation à être vrai avec soi. Une tentative de me choisir réellement.
Pas contre le monde.
Mais enfin pour moi.
Et puis il y a eu ces moments étranges, presque irréels, que je n’explique toujours pas complètement aujourd’hui.
Une nuit, alors que je dormais sous ma toile de tente, je me suis réveillée brusquement. Une chouette se trouvait juste au-dessus de moi, perchée dans l’arbre qui surplombait mon campement.
Le silence était immense.
Presque sacré.
Je me souviens de cette sensation étrange d’être observée sans peur. Comme si quelque chose veillait silencieusement.
Puis le matin même, au bord d’un cours d’eau, alors que je me brossais les dents, j’aperçois ce que je crois être une branche dans l’eau.
Mais cette branche bouge.
Une tête apparaît.
Puis une langue fendue.
Une couleuvre me fait face.
Je reste figée.
Le temps semble suspendu quelques secondes.
Je ressens à la fois la peur instinctive… et quelque chose d’autre. Une sensation impossible à expliquer. Comme si cette rencontre portait un langage silencieux que mon corps comprenait déjà avant mon esprit.
Je reprends ma marche.
Et plus tard dans la matinée, alors que je traverse un chemin, une vipère passe entre mes chaussures de randonnée.
Je peux dire qu’à cet instant-là, le corps ressent pleinement ce qu’est la peur primaire. C’est indéfinissable, saisissant et les émotions profondément intenses…
Le cœur s’emballe.
Le souffle se coupe.
Le corps entier devient vigilance.
Et honnêtement, j’étais particulièrement heureuse d’avoir choisi des chaussures montantes.
Mais avec le recul, ces rencontres répétées avec les serpents me bouleversent encore.
Car dans de nombreuses traditions anciennes, le serpent représente la transformation, la mue, la renaissance, mais aussi l’énergie vitale qui circule dans le corps. D’ailleurs, le symbole même de la médecine représente des serpents entrelacés autour d’un axe central : le caducée.
À ce moment-là pourtant, je ne fais absolument aucun lien. Comme souvent, ici ca se fait, ca émerge et j’ai l’enseignement qui arrive plus tard.
Je ne connais rien à la Kundalini. Rien à ce que le corps peut parfois traverser spontanément.
Les expériences d’éveils énergétiques sont encore toutes nouvelles pour une tête qui cherche à saisir l’insaisissable.
Et c’est peut-être cela le plus bouleversant dans cette histoire.
Je ne cherchais rien.
Je n’attendais rien.
Je n’avais aucune connaissance pouvant influencer ce qui allait arriver.
Quelques semaines plus tard, fin juillet 2024, je participe à un stage autour du décodage biologique et du langage du corps.
Depuis des années déjà, le corps me questionne profondément.
Pourquoi tombe-t-on malade alors que “tout semble correct” extérieurement ?
Pourquoi certains symptômes apparaissent-ils ?
Pourquoi le corps semble parfois crier ce que nous taisons intérieurement ?
Le décodage biologique explore justement cette idée : le corps pourrait exprimer émotionnellement ce que l’être n’arrive pas toujours à verbaliser consciemment.
Mais ce que j’allais vivre allait bien au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.
Puis arrive le 31 juillet 2024.
Et ce jour-là… quelque chose s’ouvre.
Ou peut-être devrais-je dire : quelque chose explose intérieurement alors que j’étais constipé…..HAHAAAAaaaa
Au départ, il y a une chaleur.
Mais pas une chaleur ordinaire.
Une chaleur presque impossible à contenir.
Comme si l’intérieur du corps devenait incandescent.
Puis au niveau du bas du corps, vers ce qu’on nomment le chakra racine, associé symboliquement à l’ancrage, à la survie, à l’énergie vitale, je ressens une véritable boule de feu avec des pics.
Comme des flammes vivantes qui s’embrasent à l’intérieur de moi.
Une sensation si intense qu’il devient presque impossible de penser normalement.
Puis viennent les vagues.
Des vagues d’énergie extrêmement puissantes.
Comme des courants électriques traversant le corps.
Comme un faisceau énergétique concentré avançant dans une seule direction et qui brasse lors d’une danse
Et plus cette énergie monte, plus l’intensité devient immense.
C’est comme si quelque chose cherchait à traverser les zones bloquées du corps.
Les peurs.
Les résistances.
Les mémoires accumulées.
Les tensions anciennes.
Par moments, cela ressemble à une véritable éruption intérieure.
Comme un volcan énergétique.
Le corps entier semble traversé par quelque chose de beaucoup plus vaste que lui.
Et soudain, une énorme sensations que mes oreilles se mettent à couler.
Pas légèrement.
Comme des torrents.
Une sensation extrêmement étrange.
Comme si le corps cherchait à évacuer, à nettoyer, à libérer.
À certains moments, la sensation devient presque irréelle.
Des images apparaissent.
Des flashs.
Comme des fragments extrêmement rapides qui traversent la conscience sans que le mental puisse les retenir complètement.
Le temps change.
La perception change.
Le corps devient autre chose.
Et plus l’énergie monte, plus une chose devient évidente : la peur bloque.
Chaque fois qu’une peur surgit, l’énergie semble se heurter à une résistance intérieure.
Comme si le corps montrait précisément les endroits où quelque chose reste verrouillé.
Et progressivement, je comprends non pas avec le mental mais avec tout mon être que cette expérience demande une forme d’abandon profond.
Accepter.
Ressentir.
Traverser.
Laisser circuler.
Ne plus chercher à contrôler.
À ce moment-là, je ne sais toujours pas ce que je suis en train de vivre.
Je n’ai aucune référence.
Aucune grille de lecture.
C’est seulement à travers la présence du chaman durant ce stage que des mots seront posés sur cette expérience : montée de Kundalini, éveil énergétique spontané.
Mais lorsque cela arrive réellement, loin des livres, loin des concepts, cela n’a rien d’une théorie spirituelle abstraite.
C’est une traversée physique.
Émotionnelle.
Énergétique.
Presque impossible à expliquer pleinement.
Et surtout profondément bouleversante.
Depuis cette expérience, quelque chose dans ma perception du vivant a changé.
Le corps n’est plus simplement un corps.
Les émotions ne sont plus seulement psychologiques.
Les rencontres, les sensations, les synchronicités semblent porter des niveaux de lecture beaucoup plus subtils.
Comme si certaines couches de conscience s’étaient ouvertes.
Aujourd’hui, je ne vois pas cette expérience comme quelque chose à idéaliser.
Je la vois comme un passage.
Un immense mouvement de transformation intérieure.
Et peut-être surtout comme une invitation radicale à revenir à soi.
À revenir dans le corps.
Dans le ressenti.
Dans une vérité plus profonde que tous les rôles que l’on porte.
Parce qu’au fond, cette traversée m’a appris une chose essentielle :
parfois, lorsque le corps nous bouleverse intensément, il n’est pas en train de nous détruire.
Il tente peut-être simplement de nous réveiller.
« Lorsque la Kundalini s’éveille par la grâce intérieure, les nœuds du cœur se défont, tous les doutes disparaissent et l’être accède à une autre perception de lui-même. »
– Inspiré des Upanishads –


